ÉMILIE HEYMANS

LA VIE DEVANT SOI

Elle a un rire qui lui chatouille la gorge et fait pétiller ses yeux. Oui, Émilie est craquante lorsqu'elle rit. Plus que ça, on dirait qu'elle arrive à éclairer la salle un peu sombre qui nous sert de studio. Pendant que le maquilleur s'affaire à souligner de noir son regard bleu glacier, elle déguste son café tout en racontant d'un ton léger ses dernières vacances au soleil. Elle pose distraitement une main sur son petit ventre naissant. Émilie attend un enfant pour le mois d'octobre. Il est donc un peu tôt pour évoquer longuement le sujet de la famille - le bébé à naître étant encore au stade embryonnaire ! Qu'à cela ne tienne, la quadruple médaillée olympique a autre chose pour s'occuper l'esprit ces jours-ci: la ligne de maillots qui porte son nom. Parce qu'Émilie Heymans cultive depuis longtemps une passion qui ne cesse de croître depuis sa retraite en janvier dernier : la mode. On reconnaît d'ailleurs la fashionista juste à observer l'élan qui la pousse vers les robes que la styliste lui présente. Autre signe qui ne trompe pas : elle ne peut s'empêcher de palper les étoffes. « J'ai toujours aimé ça. Petite, je confectionnais des robes pour mes poupées. Et maintenant, je me sers du vêtement pour exprimer ma personnalité. Comme j'ai passé vingt ans de ma vie au bord d'une piscine, j'ai voulu créer mes propres maillots pour me distinguer. Ça m'énervait de porter la même chose que les autres filles. » On avait entendu parler de ces petites merveilles en élasthanne, notamment parce qu'Émilie a créé les maillots de bain de tous les artistes qui ont participé à l'émission Le Grand Saut à V Télé, où elle jouait aussi le rôle de coach. Jusqu'à tout récemment, elle confectionnait aussi sur sa machine à coudre les quatre modèles de maillots offerts dans différentes couleurs sur son site Web. Les choses évoluent, puisque la ligne de maillots Émilie Heymans est officiellement entrée en production à l'usine CSR, en Beauce. « Je connais mes patrons, mes techniques, je sais comment réaliser un maillot de qualité », répond la diplômée en commercialisation de la mode à l'UQAM lorsqu'on s'étonne d'apprendre qu'elle manie ellemême les ciseaux et le fil élastique. Certes, elle connaît son produit, De plongeuse professionnelle à designer de maillots, Émilie Heymans fait le grand saut avec style. Portrait d'une femme en plein envol.

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mais réaliser une pièce de vêtement aussi complexe requiert un doigté certain : « J'ai suivi des cours et j'ai beaucoup pratiqué », dit simplement Émilie en guise d'explication. Elle a aussi testé ses échantillons à l'entraînement et en a donné à ses amies plongeuses en échange de leurs commentaires et de leurs suggestions. C'est ainsi qu'elle est parvenue à créer le bon « fit », c'est-à-dire un produit à la fois joli et performant, ce qui n'existait pas sur le marché, selon la designer. LES PIEDS DANS LE VIDE La voilà donc fin prête à plonger réellement dans l'industrie de la mode. Et les requins? Et les tempêtes possibles ? « Je mets tout ce que je peux dans cette ligne de maillots, mais j'aborde ça avec mes yeux d'athlète : je suis très confiante, je veux de tout mon c?ur que ça fonctionne et je donne le meilleur de moi-même, comme je le faisais à l'entraînement. Cela dit, ça ne veut pas dire que ça va fonctionner. » Étrangement, il n'y a rien de fataliste dans cette remarque. Rien de négatif non plus. C'est davantage une forme de zénitude qui se dégage du commentaire, les traces d'un travail en profondeur pour contrôler son « mental ». Cet hiver, quelques mois seulement après avoir remporté la médaille de bronze au tremplin de trois mètres synchro avec Jennifer Abel, Émilie Heymans a tiré sa révérence. À 31 ans, avec quatre médailles olympiques en quatre jeux d'été consécutifs, l'athlète était au sommet de son art. Un moment idéal, selon elle, pour passer à autre chose. Du moins en théorie. Pour bien comprendre comment cette importante décision a mûri dans la tête d'Émilie, il faut reculer dans le temps et revenir en 2008, à Pékin : « Juste avant la compétition, je refusais de penser à l'après. Je me disais que prévoir une suite, c'était dévier de mon objectif. » Mais une fois la médaille d'argent gagnée à l'épreuve du dix mètres, la plongeuse a ressenti un grand vertige. PROMOTION 11

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