64 ÉTÉ 2015 montréal centre_ville

livres

TEXTE: PASCALE MILLOT

On prend toujours un

truck...

Mathieu Blais signe un roman qui sent la terre, l?épinette, l?alcool, le sang et la poudre. Son personnage, un Survenant

trash,

incarne l?antihéros québécois, coureur des bois reconverti en gangster. Fugitif en quête de repos, il lui faudra choisir entre sauver son âme et sauver sa peau.

Paul Roberge, l?antihéros créé par Mathieu Blais, n?est pas toujours très sympathique. Et s?il se terre dans ce camp de chasse du bout du chemin, à boire du fort et à détailler les filles nues du calendrier oublié par le propriétaire des lieux, on comprend vite que ce n?est pas pour perfectionner la position du lotus ou écrire des poèmes. Paul Roberge a un secret. Il a fait un truc pas correct qui l?oblige à se mettre au vert, ici, près de Baie-Trinité, sur la Côte-Nord. «Mais jusqu?où et en quoi ce personnage est-il condamnable ou dégueulasse? C?est la trame de tension que j?ai voulu maintenir jusqu?à la fin», explique le jeune romancier. Et ça fonctionne. Car on se prend bientôt d?affection pour ce raté sympathique en mal d?amour, dessinateur à ses heures, qui a ses élans de solidarité et semble souvent sur le chemin de la rédemption. «Il veut être fort, mais il n?y parvient pas : son père l?a renié, ses amours ne marchent pas, il ne construit rien.» Dans ces espaces hostiles, qui semblent attirer tous les paumés, les malheureux, les alcooliques et autres marginaux, sa présence trop discrète attire l?attention. Entre ses soirées arrosées avec Poitras, le voisin un peu trop sympathique, sa découverte du mystérieux cabanon du fond du terrain, la visite d?un policier curieux, Roberge «s?enfarge» dans les problèmes. Seule la rencontre de l?aventureuse Marie-Jeanne semble le porter vers une vie nouvelle. «Dans les ongles de Marie-Jeanne qui s?enfonçaient de nouveau dans le gras de son épaule, la liberté. Toute la liberté possible. Et entre ses seins, une tortue vieille comme le monde. Portée comme une promesse», écrit le romancier. En toile de fond de ce suspense forestier, il y a ce que Mathieu Blais nomme «le territoire». «Bien plus que la nature québécoise, ce qu?il m?intéresse d?explorer, c?est l?homme face à l?espace, un espace qui n?est pas proprement québécois, mais très certainement nord-américain.» Mathieu Blais a beaucoup voyagé avant de se fixer sur la Rive-Sud, près de Montréal, où il enseigne la littérature au cégep et élève ses deux enfants. Yukon, Alaska, Équateur, Chili, Argentine, l?écrivain a synthétisé dans ce premier roman en solo (il a signé plusieurs ouvrages avec l?écrivain et poète Joël Casséus) ses «expériences de l?extrême». «Je suis allé plusieurs fois sur la Côte-Nord et même sur la Basse-Côte-Nord, qui est une région encore plus intense. Ce sont des univers excessivement durs et riches. Ça, pour moi, c?est l?Amérique : des villages tricotés serrés pour le meilleur et pour le pire où l?étrange représente quelque chose de concret. Racisme latent, sexisme latent, tensions qui s?expriment. Pour moi, c?est très américain tout ça...» Un monde où l?immensité donne parfois l?impression de choix infinis, alors que la seule liberté est peut-être celle des détours. LA LIBERTÉ DES DÉTOURS, MATHIEU BLAIS, LEMÉAC, 192 PAGES.

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