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Un témoin engagé
Bernard Descôteaux
Le Devoir a cent ans. D'avoir duré tout un siècle est une forme d'accomplissement pour ceux qui font ce journal quotidiennement. Au cours de ce siècle, ce sont quelque 30 000 éditions que nous avons réalisées, jour après jour, comme des artisans fiers de leur métier. Nous l'avons fait en surmontant de multiples difficultés et oppositions. Nous passons ce cap avec une fierté d'autant plus légitime que ces cent ans font mentir tous ceux qui ont prédit que Le Devoir ne durerait pas. ...
De janvier à décembre 2010 - Le Devoir toujours présent
Le 10 janvier 1910 paraissait le premier numéro du Devoir. Quelques-uns des meilleurs journalistes de l'époque lançaient ce nouveau quotidien voué à la promotion de l'engagement civique et au développement du Québec. Né indépendant voilà 100 ans, il est toujours là, animé de la même volonté d'informer et de contribuer au débat public.Tout au long de 2010, nous, du journal Le Devoir, célébrerons ce centenaire exceptionnel par divers événements. Ce sera autant d'occasions de ...
15 septembre 1910 - M. Bourassa à Notre-Dame
Sa Grandeur a parlé de la question de langue. Elle nous a peint l'Amérique tout entière comme vouée dans l'avenir à l'usage de la langue anglaise; et au nom des intérêts catholiques elle nous a demandé de faire de cette langue l'idiome habituel dans lequel l'Évangile serait annoncé et prêché au peuple.Ce problème épineux rend quelque peu difficiles, sur certains points du territoire canadien, les relations entre catholiques de langue anglaise et catholiques de langue française....
La langue de chez nous - «Triste et éternel combat linguistique»
Le Devoir n'avait pas six mois lorsqu'il s'est engagé dans sa première bataille pour la langue française. Oh, c'était pour une affaire plutôt banale: dans les transports publics, les billets étaient unilingues anglais!Le député Armand Lavergne avait fait le voyage en bateau entre Montréal et Québec. Tout y était unilingue anglais, raconta-t-il dans Le Devoir: son billet, le menu, le personnel, tout. C'en était trop. Il fit modifier le Code civil pour que les billets soient doréna...
La femme au foyer et dans le monde - «Où commence et où s'arrête notre rôle d'éducatrice»
À la une de son édition du 7 octobre 1911, Le Devoir constate qu'il n'a pas fait à son lectorat féminin la part aussi large qu'il se le proposait dès les premières heures de sa publication. Il annonce à ses lectrices que, «pour les récompenser de leur patience et leur témoigner sa reconnaissance», une page hebdomadaire leur sera entièrement consacrée sous le titre «Notre page féminine» dès le jeudi suivant, soit le 12 octobre. Et d'ajouter fièrement qu'il en confie la direct...
10 janvier 1910 - Fais ce que dois
«Fais ce que dois»! Cette devise, telle un coup de fouet, fait partie intégrante de l'en-tête d'un nouveau journal quotidien de l'après-midi, publié à Montréal, en ce lundi 10 janvier 1910. Son directeur est Henri Bourassa.Titre étonnant que ce «Fais ce que dois». Henri Bourassa le sait. «La notion du devoir public est tellement affaiblie que le nom même sonne étrangement à beaucoup d'oreilles honnêtes... Cet étonnement et ces rires nous confirment dans la pensée que notre o...
De 1910 à 1940 - «Indépendants nous resterons»
À l'instar de Papineau, son grand-père maternel, soixante-dix ans plus tôt, Henri Bourassa incarne l'âme ulcérée de son peuple. Mais il fait la sourde oreille. Altier, fier, il est et reste indépendant, se contentant de son rôle irremplaçable de rassembleur et de catalyseur. D'autant qu'il a désormais, comme ses adversaires qui ne prêtaient que six mois de survie à son «organe», Le Devoir pour propager ses principes, sa doctrine, ses politiques.«Indépendants nous fûmes, indé...
30 octobre 1934 - Une race ne meurt que si elle se laisse mourir
De quoi souffrons-nous? Les uns partent en guerre contre les Juifs et contre les Anglais. Ils sont sur une fausse piste. Le véritable mal est en nous. Nous souffrons d'une dissolution, d'une désintégration de l'idée de nationalité ou, si l'on veut, du sens national. Nous ne sommes si bas que parce que notre âme et notre courage ne sont pas plus hauts.On peut dire qu'il y a deux éléments à la nationalité: la possession en commun d'un héritage de souvenirs, de gloires, d'épreuves et...
De la foi à l'éthique - Pour le progrès et la justice sociale
JEAN-CLAUDE LECLERC
«À la veille de la Première Guerre mondiale, écrit l'historienne Lucia Ferretti, l'Église des Canadiens français, amoindrie dans le reste du Canada, apparaît véritablement au Québec comme une Église nationale.» Aussi est-ce sans surprise que Le Devoir entend promouvoir, parmi les principaux «devoirs nationaux» du peuple, «la conservation de sa foi et de ses traditions».Sensible également au «problème social» de l'époque -- on est en 1914 --, Le Devoir en recherchera la sol...
12 février 1942 - «Soyez calmes et votez d'une main ferme: Non »
Le Devoir
La question de race ne se pose pas, a déclaré hier soir M. Henri Bourassa en parlant du plébiscite que le gouvernement d'Ottawa propose à la nation. Allez voter contre le plébiscite, non pas comme Canadiens français, mais comme citoyens du Canada, a-t-il dit à la foule groupée sous les auspices de la Ligue de la défense du Canada.L'ancien député du comté de Labelle à la Chambre des communes a fait un appel au calme et au sérieux. À la foule très compacte renfermée entre les v...
D'août 1932 à avril 1947 - «Avant le pouvoir doit passer le devoir»
Henri Bourassa n'est plus directeur, ses successeurs lui ayant fait comprendre qu'il devait quitter ce journal qu'il a fondé. Le nouveau tandem du Devoir, formé par Héroux et Pelletier, De plus en plus mystique, intégriste même, Bourassa obtempère et renie ce qu'il a adoré pendant quarante ans. «Bourassa se mysticisant de plus en plus, écrit l'historien Robert Lahaise, Pelletier, Héroux et Dupire assument la relève. Le panache fait place à la pondération. Bourassa s'enfonce dan...
13 juin 1958 - Scandale à la Corporation de gaz naturel du Québec
Le Devoir
Plusieurs ministres du cabinet Duplessis -- peut-être le premier ministre lui-même -- ont spéculé sur les actions de la Corporation de gaz naturel du Québec. Quelques-uns figurent encore au livre des actionnaires.Des hauts fonctionnaires d'Hydro-Québec, qui avaient le devoir de protéger les intérêts de la province, ont reçu des faveurs pour faciliter la vente du réseau de gaz. Les promoteurs de la Corporation de gaz naturel du Québec n'ont risqué que 50 000 $ pour mettre la mai...
De l'injustice à la justice - «Le Devoir accuse»
Kathleen Lévesque
Il est des choses qui traversent les décennies, heurtent «les honnêtes gens» et nécessitent que l'on dénonce «les coquins», comme l'a écrit le fondateur du Devoir, Henri Bourassa. C'est avec ce «programme d'action» que depuis 100 ans Le Devoir participe activement à débusquer la corruption, les abus, la collusion, ainsi qu'à rendre compte des crises majeures et des dossiers scandaleux. Et ils sont nombreux.Le 13 juin 1958, la page frontispice du Devoir frappe de plein fouet le g...
De 1947 à 1956 - Fais ce que peux
Georges Pelletier, qui avait pris les rênes du Devoir à la suite d'Henri Bourassa, était gravement malade depuis 1943. Le conseil d'administration, dirigé par Me Antonio Perrault, lui cherche activement un successeur.Invité à occuper le poste de directeur dès 1945, Gérard Filion décline. Il aime son travail de secrétaire général et de responsable de l'hebdo à l'Union catholique des cultivateurs (UCC), cet ancêtre de l'UPA; il ne veut pas être second ou en attente. Rien de moins...
De 1956 à 1963 - Une province pas comme les autres
le devoir
En 1956, un numéro spécial contre Duplessis est publié sous le thème: «Un État provincial en train de se désagréger». Quant à la vente à vil prix du minerai de fer de l'Ungava, Laurendeau décrète: une affaire d'or pour les Américains. Un marché de dupes pour nous. Et encore: aux riches, Duplessis enlève les taxes, aux pauvres, il fait payer une taxe spéciale pour faire instruire leurs enfants! D'accord avec Duplessis quand il s'agit de protéger ou de récupérer le «but...
L'affirmation culturelle - Histoire de famille
Michel Bélair
Avec Les Belles-soeurs, les monologues d'Yvon Deschamps, avec Québec Love, de Charlebois, Claude Jutra et Réjean Ducharme, la volonté toute neuve de nous affirmer dans nos mots et de nous dire comme nous le sommes a pris toute la place durant les années 1960. Plus même: Le Devoir a presque donné naissance dans ses pages à la révolution contre-culturelle!Les années 1960 furent des années explosives à divers titres, des années de cassures et de changements radicaux, on le sait. En c...
24 décembre 1977 - Quand on écrit, on ne fait pas taire les autres»
Jacques Ferron, affable, presque familier, m'accueille dans son cabinet de médecin. L'écrivain est visiblement ému de recevoir cette année le prix Athanase-David. «C'est un prix que tout le monde qui écrit et qui ne cesse pas d'écrire obtient un jour. Cela indique un certain âge, un certain nombre de livres», me dira-t-il.Son oeuvre a fait son chemin. Ses contes ont ébloui peu à peu un public et des critiques attentifs: Jean Marcel, Gérard Bessette, Yves Taschereau, entre autres, ...
29 septembre 1982 - Le devoir économique
le devoir
À compter d'aujourd'hui, LE DEVOIR économique viendra compléter la famille des publications de notre maison. Au journal quotidien, au cahier hebdomadaire consacré à la culture, à nos cahiers spéciaux, s'ajoutera une publication hebdomadaire qui paraîtra le mercredi: LE DEVOIR économique.À l'équipe du secteur économie-finance s'ajouteront des chroniqueurs prestigieux. Outre notre chronique consacrée à la fiscalité, nos lecteurs liront avec intérêt, sous la signature de M. Juli...
Pour un Québec économique - «Faisons des Québécois un peuple de propriétaires»
Gérard Bérubé
Marcel Clément a été le premier journaliste financierde langue française au Québec Le lien historique entre Le Devoir et l'univers économique prend la forme d'un mariage d'intérêt, d'une cohabitation de raison. Il a fallu attendre l'arrivée de Claude Lemelin, à l'automne 1970, pour voir l'équipe éditoriale se doter d'une première dimension économique. Cette gêne, voire cette pudeur, n'a cependant pas empêché Le Devoir d'être le premier quotidien à créer le poste de journ...
De 1962 à 1970 - «Fais ce que prêches!»
Claude Ryan, l'homme du devoir. Ce beau titre de livre d'Aurélien Leclerc ne saurait mieux convenir à celui qui a dirigé les destinées du quotidien d'Henri Bourassa pendant une quinzaine d'années. Au propre et au figuré. Ou «Le Devoir d'un homme», selon le titre du chapitre que Pierre-Philippe Gingras lui consacre dans son livre publié en 1985. Ou «Fais ce que prêches!», dans la lignée de «Fais ce que dois», de Bourassa, et de «Fais ce que peux», de Filion.Officiellement, c'e...
De 1970 à 1978 - «Il faut choisir celui qui ouvre davantage la porte sur l'avenir»
Les événements d'octobre 1970 ne furent pas, tant s'en faut, la seule bataille du Devoir, du «pape de la rue Saint-Sacrement», comme on le surnomme, à la suite du déménagement du journal en 1972. Contre les visées centralisatrices et les manoeuvres grossières de Trudeau envers le Québec, Ryan ne lâche pas prise; il fait revivre, en vain, le noble idéal des «deux nations» brandi par ses trois prédécesseurs.En matière d'enseignement et de langue, Claude Ryan est en faveur d'une...
11 octobre 1996 - Les états négociés de l'éducation
Il y a huit mois, la commission des États généraux sur l'éducation publiait un Exposé de la situation qui surprenait tant par l'audace que par la fraîcheur du diagnostic des problèmes et défis du système québécois d'éducation. En comparaison, le rapport final, rendu public hier, souffre d'un affadissement général. À côté de recommandations fortes sur des sujets controversés, de vastes tranches du système s'en tirent sans véritable remise en question. La méthode des États...
Des pages à voir - Le Devoir des années 1990
le devoir
En 1993, la réorganisation du Devoir est profonde: elle entraîne même une refonte visuelle du journal. La directrice du Devoir, Lise Bissonnette, crée le poste de directeur artistique à la rédaction, une première pour ce journal, et confie à Lucie Lacava la conception d'une nouvelle maquette: la formule, l'organisation des pages et la grille graphique s'en trouvent transformées.Le geste est remarqué par les lecteurs, qui apprécient la visibilité accrue des pages, et aussi par les ...