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À LA UNE
Matinée de semaine au nord de la rue Saint-Viateur. Jean Leloup - quoi qu?on puisse penser de ses airs excentriques de rockeur émérite - pépie, pimpant, comme un oiseau lèvetôt. «J?aime me lever bien plus tôt, aux aurores, dit-il. La ville est calme, je l?ai à moi tout seul.» Nos yeux habitués aux soirées tardives, job oblige, s?écarquillent un tant soit peu, signe de notre surprise. «On dit que je donne du fil à retordre aux journalistes. C?est vrai?» nous demandera-t-il, bouillant d?intérêt, quelque 20 minutes plus tard. À ce moment-là, non seulement le café est-il rentré au poste, mais plus tonique encore, l?effet Leloup aussi. Du fil à retordre? Non, le fil qu?on doit retordre, c?est plutôt celui, banal et grossier, trop droit, des entrevues où tout est prévu à l?avance, presque morbides dans leur répétition ennuyée. The Wolf (d?ailleurs est-il mort ou pas celui-là, on y reviendra) n?est pas de cette trempe. Il est de ceux qui s?amusent d?un rien, enfilant les tournants avec des soubresauts renouvelés. «Les questions me surprennent toutes. C?est tellement vaste. Une question plate, ça n?arrive pas souvent...» Ah pour ça, on n?accusera pas le géniteur du Roi Ponpon d?être luimême pantouflard dans ses propositions. Mais l?alter ego le plus près de son c?ur, ces jours-ci, semble être plus grand que nature, fier et sordide à la fois. «J?ai décidé que j?avais un gourou: Paolo Ruiz. Il est pétulant, il ne se laisse jamais abattre, il est courageux. Il est grand, maigre, a un afro blond - mais c?est une perruque, parce qu?il a 72 ans. Il se met du fard et du fond de teint, il joue de la guitare comme le tord-vis, il porte des bottes de serpent et des pantalons moulants. Moi, c?est mon idole: il ne se laisse jamais aller. Il est droit, il ne tombe jamais dans la mesquinerie, il garde son humour. Et lui sa quête, c?est le riff ultime. C?est-à-dire la connexion. Car la musique, c?est la connexion magique entre les gens, qui nous met dans des états incroyables, sans autre raison que la musique elle-même.» BEAT GENERATION Parlons-en de connexion. Le spectacle du 400 e de Québec aura été un test, Du 23 avril au 29 avril 2009
LE DRESSEUR DE
FOULES
Avec Mille excuses Milady,
Jean Leloup
croise le fer avec ses démons, ses envies, et fait parler la musique.
pour le fan comme la bête de scène. «La vérité, c?est que ceux qui ont détruit le show ne sont pas restés longtemps. Et que le spectacle a duré deux heures et demie, presque trois heures! Et que moi, j?ai décidé que je ne chanterais pas tant que les gens ne seraient pas dans le beat.» Il s?arrête, mime le beat, le c?ur de l?action, le nerf de guerre. «Au lieu de me confondre en remerciements, ?merci d?être venus je vous aime?, je laisse ça aux autres, j?ai confronté l?auditoire pour que les gens soient dans le beat. Les plus pépères sont partis avant la fin et ont dit que ça n?avait pas marché... Mais à un certain moment, ç?a vraiment décollé! C?est un des meilleurs shows que j?ai faits. Fallait être en forme pour tougher. À
«Ce n?est pas pour insulter les gens, c?est pour les inciter à vivre de quoi de vrai.»
force de s?encroûter, on perd le beat. Mille excuses Milady..! Je suis désolé d?avoir continué à triper! Mais ce n?est pas pour insulter les gens, c?est pour les inciter à vivre de quoi de vrai.» Il enchaînera plus tard sur Fela Kuti, le chef d?orchestre nigérian doublé d?une forte personnalité politique: «Fela, il arrivait devant le public, il les confrontait, les bavait même, et c?était un concours entre la scène et l?auditoire. Et ça levait. Aller à un show, ce n?est pas comme écouter la télé! Moi, je n?ai pas l?intention de m?assagir. Et je ne veux certainement pas ça des gens.» CHERCHEZ LELOUP Mille excuses Milady, ce nouveau et septième disque studio, c?est donc un retour sur soi. Mais global, attention: un retour sur les nombreuses incarnations de Leloup, glanées dans l?ordre et le désordre. Anti-nostalgique, antagoniste, humoristique, existentiel, vulnérable, combatif, ses coutures sont nombreuses. À la recherche du riff ultime et d?autres «Moments parfaits», l?album se déploie sur 17 pièces coupées au couteau et filées d?une plume tantôt douce, tantôt affûtée, où la guitare et le verbe sont rois. Ça cingle. Le culte du personnage y est, mais en fragments. Car Leloup reste un conteur hors pair, qui endosse les peaux de ceux et celles qui peuplent ses © DANIELDESMARAIS.COM ritournelles rock et ses fastes poèmes quotidiens. Cherchez le loup. «Oui, j?ai brûlé ma guitare pis mon chapeau, mais Leloup ou Leclerc, je m?en fiche. Moi, je veux raconter des histoires... C?est curieux, les gens se confient souvent à moi en voyage, qu?ils me reconnaissent ou pas. Je dois avoir une tête de confident. Dans mes albums, je parle de tout ce qui passe sur mon chemin. Y?a tellement d?histoires pas possibles! Raconter des histoires, habiter des personnages, pour moi, c?est ça, une chanson. Une fois de temps en temps, t?as le goût de parler de tes émotions; je suis triste, je suis ci, je suis cela. Mais il y a déjà tellement de chansons hallucinantes dans l?émotif! T?es mieux d?attacher ta tuque, faut que tu sois extrêmement heureux ou
+DES
PENDULES, PAS D?AGENDA
Puisque c?est lui qui nous a parlé de journalisme, on lui a posé la pareille: déjà avec Menteur (1989), sa carte de visite, Leloup brouillait les pistes, jalonnait ses entrevues de faussetés rigolotes. Récemment, à l?opposé, il se pointait chez une Christiane Charette abasourdie pour remettre les pendules à l?heure, seul avec ses idées. L?effervescent guitariste manipule les médias avec une désin- volture certaine. En est-il conscient? «Je ne me suis jamais vu comme une vedette, avec un statut, une tribu... C?est trop compliqué tout ça. Si j?étais un plombier, je voudrais donner mon avis aussi.» Soyons francs, Jean - si la tribune te fait, prends-la, mais peu de gens ont la notoriété qui amène ce privilège direct avec les ondes et le papier. «Eh bien, si les gens ont Evelyne Côté extrêmement triste. Et ce qui arrive sur ton chemin, ça t?appartient aussi.» C?est peut-être plate comme réponse, mais semblerait que tous les chemins mènent à Leloup. Mille excuses Milady en exclu sur Zik.ca dès maintenant. En magasin le 28 avril besoin, pour entendre du bon sens, de se le faire dire par quelqu?un qui a une notoriété, ce n?est pas le problème de la ?vedette?... C?est triste pour le public. Moi, je vois ça comme ça: je n?ai pas la chance d?avoir une tribune, j?ai la malchance que ça prenne une tribune pour dire quelque chose!» Il nous semble que c?est l?équivalent d?un bon riff, cette riposte. Et vlan dans les dents. ?