En l?an 01, année de l??uf, Stéphane Crête, sous l?étendard pirate de la compagnie Momentum, créait une série de spectacles qui donnait une nouvelle dimension à l?expression «théâtre expérimental». Huit ans plus tard, le livre du joyeux mythomane, qui paraît aux 400 coups, dresse pour la première fois un compterendu complet de l?aventure à laquelle 18 acteurs ont accepté de participer. Les laboratoires Crête consistaient en quatre «protocoles de recherche», étalés sur un an, dont chacun visait à étudier «la modification de la conscience chez l?acteur en représentation» par l?induction d?une contrainte extérieure. Dans chacune des expériences, les acteurs étaient amenés à jouer une courte scène dans leur état «normal», puis à la rejouer sous l?effet d?un des quatre modificateurs de conscience étudiés: la douleur physique, l?hypnose, l?absorption d?un psychotrope (dont la nature illégale a forcé la représentation à se tenir clandestinement devant un public invité) et, finalement, l?excitation sexuelle. Le tout se déroulait dans la plus convaincante mascarade de la méthode expérimentale. Le Dr Crête, scientifique autoproclamé, donnait chaque fois quatre représentations-conférences (sauf pour l?expérience sur les drogues) dans un amphithéâtre de la faculté de médecine de l?UdeM. Les acteurs devenaient pour l?occasion des sujets de test volontaires, conformément à la déontologie imposée par le code de Nuremberg et la déclaration d?Helsinki. Sous le regard dubitatif d?un public amené à se questionner sur la véracité de ce qu?il voyait, une véritable infirmière, la garde Lévesque, s?occupait de la prise de données biométriques avant et après induction. Ce brouillage volontaire de la frontière entre réalité et fiction, entre le champ de la recherche scientifique et celui de la création, a donné naissance à un véritable mythe. «À l?époque où j?ai commencé mes recherches, nous confie Crête (les doigts probablement croisés sous la table), je n?avais aucune idée qu?il y aurait un documentaire, un livre, mais je pense qu?à partir du moment où j?ai commencé le travail, j?ai déjà commencé à créer un mythe. Le mélange de vrai et de faux, on le retrouve dans le doute du spectateur face au spectacle, mais il est aussi présent dans le travail.» LIMITES DE LA REPRÉSENTATION Sous couvert d?une étude sur la capacité de l?acteur à performer en état de conscience modifié, c?est une véritable expérience sur la nécessité qu?éprouve le spectateur de se mettre en état de public qui fait, avec le recul, la force évocatrice des Laboratoires Crête. En manipulant habilement les modalités établies de la représentation théâtrale, Crête force le spectateur à considérer activement l?éventualité que ce qui lui est présenté comme réel n?est peut-être que supercherie. En faisant débor- der le théâtre de ses frontières discursives, ainsi que du lieu et de la temporalité qui lui sont normalement assignés, les laboratoires deviennent un spectacle que l?on n?a pas besoin d?avoir vu pour qu?opère la réflexion qu?ils proposent sur le plus universel des modificateurs de conscience, la fiction, et le rapport que