DES MOTS ET DES LIVRES
PARMI LES LECTURES PROPOSÉES CETTE ANNÉE PAR DEUX JURISTES QUI SE SONT PRÊTÉS AU JEU, PLUSIEURS OUVRAGES TOUCHANT L?IMPLICATION SOCIALE ET L?HISTOIRE. AVIS AUX AMATEURS!
» Germinal (Éditions J?ai lu) Émile Zola » L?équilibre du monde (Éditions Le Livre de poche) Rohinton Mistry » PPeettiitt ccoouurrss dd??aauuttooddééffeennssee iinntteelllleeccttuueellllee (Lux Éditeur) Normand Baillargeon » FFaammiillllee ssaannss nnoomm (Éditions Famot) Jules Verne PAR EMMANUELLE TASSÉ Me Pascal Paradis est directeur général d?Avocats sans frontières Canada, une organisation non gouvernementale qui contribue à la défense des droits des individus les plus vulnérables dans les pays en voie de développement. Il conseille vivement aux jeunes juristes de lire Germinal, d?Émile Zola (J?ai lu, Paris, 1999), une ?uvre coup de poing qui permet d?entrer dans l?univers sombre d?une famille de mineurs exploités et de suivre, pas à pas, l?histoire d?une grève réprimée. «Le syndicalisme est le fruit d?une épreuve de force qui s?est établie au fil des siècles, au prix de beaucoup de souffrance humaine. Pour mieux intervenir, les avocats se doivent de comprendre les relations économiques et sociales complexes, et aujourd?hui mondialisées, qui accompagnent le capitalisme», estime Pascal Paradis, pour qui la conscience sociale s?avère justement? capitale. Il conseille aussi les ouvrages de l?auteur canadien d?origine indienne, Rohinton Mistry. Dans son roman L?équilibre du monde (Le Livre de poche, 2007), il raconte la vie de quatre personnages que tout sépare dans l?Inde des années 1970. À la fois triste et tendre, ce livre permet de mieux comprendre combien il peut s?avérer difficile, voire impossible, d?améliorer son sort lorsqu?on plie sous le poids de la pauvreté et des inégalités sociales. «Quel est le sort des pays en voie de développement et de leur population, qui doivent composer avec des multinationales implantées par les pays riches et défendues par des avocats? On devrait toujours se le demander?», pense M e Paradis. Pour finir, il suggère Petit cours d?autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon (Lux Éditeur, Montréal, 2007). Cet ouvrage bourré d?anecdotes truculentes et d?exemples pertinents lève le voile sur la réalité officielle des médias, et aide à décoder chiffres et statistiques. «Les avocats doivent apprendre à déconstruire tout ce qui est présenté comme la réalité, maîtriser la parole et l?argumentation», assure-t-il, soulignant que ce petit livre plein d?humour et d?outils pratiques se lit avec facilité.
HISTOIRE ET IMPLICATION SOCIALE
Jean Girard, notaire depuis 30 ans à Saint-Félicien, se spécialise en règlement de succession et en droit des affaires. Au gré de ses nombreuses lectures, ce passionné d?histoire est tombé avec grand plaisir sur un ouvrage bien mal connu : Famille-sans-nom (Famot, Genève, 1879). Jules Verne y narre la vie d?une famille pendant la rébellion de 1837 au Bas- Canada, lorsque les Patriotes se sont révoltés contre le régime britannique en place. Dans ce récit étonnamment détaillé, on apprend que trois notaires ont été conduits à l?échafaud : François-Marie-Thomas Chevalier De Lorimier, Joseph-Narcisse Cardinal et Théophile De Coigne étaient en effet des leaders de ce mouvement. Toujours dans l?histoire du notariat au Québec, Le notaire et la vie quotidienne, des origines jusqu?à 1870, publié par le ministère des Affaires culturelles du Québec en 1990, relate comment s?est développée la profession dans la province. Quand les Britanniques ont autorisé les Canadiens français à conserver leurs lois, ce sont les notaires qui ont participé au développement juridique du pays et qui ont jeté les bases du notariat tel qu?on le connaît aujourd?hui. D?ailleurs, jusqu?en 1760, il n?y avait pas d?avocat en Nouvelle-France, seulement des notaires! Pour M e Girard, si connaître notre histoire est fondamental, s?occuper des plus démunis l?est aussi. La biographie de David Rockefeller, petit-fils de John D. Rockefeller, Memoirs (Random House, New York, 2002), le présente comme un modèle dans ce domaine. David Rockefeller s?est en effet intéressé au sort des travailleurs américains et a également financé divers projets de coopération internationale dans les pays émergents. Mais son engagement social à New York a marqué son parcours. Dans les années 1980, un groupe de gens d?affaires dévoués, dont il faisait partie, a injecté des fonds et mis la main à la pâte pour relancer l?économie locale. «Il ne suffit pas de faire un chèque, il faut s?impliquer et donner de soi-même pour faire changer les choses, soutient M e Girard. Le notaire a en poche des compétences qui peuvent servir socialement en ?uvrant dans les organismes sans but lucratif, les fondations, les organismes de développement économique ou les chambres de commerce. Les besoins sont immenses. J?aimerais que les jeunes abordent la profession dans cet état d?esprit.» Les carrières du droit 55